ETHNOTEMPO
Stéphane Fougère
Initiée par la compositrice et pianiste
Lydia DOMANCICH, l’aventure du trio ANDOUMA a cédé
la place à une nouvelle entité plus mouvante et modulable.
La direction ne s’inscrit pas moins dans la continuité
d’ANDOUMA, stimulant le dialogue entre des univers que l’on
serait tentés de placer aux antipodes mais qui, avec l’audace
d’écriture dont fait état Lydia DOMANCICH, semblent
s’être toujours côtoyés et avoir fait route
ensemble. Les axes du dialogue sont toujours les mêmes, à
savoir entre Europe contemporaine, jazz, et culture africaine, mettant
en activité claviers, percussions africaines (de l’Ouest,
comme le titre de ce CD le rappelle), cordes et voix, réelles
ou virtuelles.
Durant l’année 2006, MADOMKO a écumé
quelques lieux bien inspirés de les avoir programmés
et a ainsi pu sortir une première carte de visite sous forme
d’un CD Live. Lydia était alors entourée de
Bassi KOUYATÉ, chanteur, guitariste et joueur de tamani,
héritier du répertoire traditionnel bambara du Mali
et représentant d’une nouvelle génération
de griots ; et, selon les disponibilités, du multi-percussionniste
Pierre MARCAULT, qui l’accompagne depuis son premier CD, ou
du joueur de djembé Julien ANDRÉ.
C’est ce dernier que l’on retrouve dans la formation
actuelle de MADOMKO qui a la particularité de se décliner
en plusieurs variantes (trio acoustique ou électrique, quartet
ou quintet) et qui comprend également le percussionniste
malien Ibrahima DIABATÉ. La présence de deux percussionnistes
permet ainsi des dialogues aussi foisonnants que pétaradants
qui font claquer les peaux et résonner la Terre, et dont
les soubresauts rythmiques sculptent un espace aussi bouillonnant
que subtil.
Bien qu’ayant opté pour une voie plus instrumentale,
MADOMKO intègre aussi du chant dans sa formule en quintet,
faisant intervenir Martha GALARRAGA, figure éminente du chant
yoruba, ou Kanté Hawa SACKO, chanteuse traditionnelle malienne
férue de chants bambara. Pour ce premier CD studio, les deux
chanteuses ont été réquisitionnées et
se partagent les morceaux chantés, ce qui permet de varier
les couleurs vocales qui, dans les deux cas, sont de toute façon
très « roots ». Ce ne sont donc pas les épices
ouestafricaines qui manquent, mais on ne saurait cependant pas assimiler
MADOMKO à un simple groupe de world music. Son défi
va bien au-delà de l’imitation simili-traditionnelle
; il mise plutôt sur la relation que ces ingrédients
« terrestres » peuvent entretenir avec une grammaire
européenne à priori plus abstraite, alliant les recherches
harmoniques de la musique contemporaine et les structures affranchies
du jazz.
Alternant piano acoustique et piano synthétique, Lydia DOMANCICH
a le don d’écrire des mélodies qui s’immiscent
dans les têtes quand bien même elles s’épanouissent
dans des édifices complexes mais aussi élastiques
et ouverts. C’est ainsi que Lydia peut retravailler des compositions
déjà enregistrées sur de précédents
disques (Fantasia, Mémoires) et en déployer les horizons,
les interventions de chaque musicien leur fournissant de nouvelles
résonances.
De plus, un autre petit nouveau a intégré le groupe
: il s’agit du bassiste Philippe BUSSONNET, qui croise également
le fer au sein du mythique groupe français MAGMA ainsi que
dans le quartet jazz-fusion ONE SHOT. Son remarquable touché
et sa patte sonore si caractéristique déploient la
gamme timbrale de MADOMKO et élargit davantage les horizons
de l’improvisation chers à Lydia DOMANCICH. MADOMKO,
c’est aussi un univers qui brasse les manifestations élémentales
: le vent, la terre, l’eau et le feu y sont dessinés
en teintes fortes et vibrantes.
Les destinées humaines y sont chantées, les déchirements
de l’exil inspirant des visions obscures ou mélancoliques
(Dibi, Mémoires), tandis que sont célébrés
la culture des griots (Lamban), la figure maternelle (Maléorie)
et des divinités féminines (For Dji Dji, Fantasia)
ou viriles (Mister Ju). MADOMKO joue pleinement de sa double signification
en bambara : le groupe invite certes à danser mais rappelle
également « ce que chaque être humain sait »
en lui offrant de généreuses tranches de rêve
qui, seules, peuvent raviver le souvenir de ce qu’il y a de
commun à travers la multiplicité des mémoires
et les chemins de pensées .
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